A Kinshasa, des robots pour faire la circulation

+ VIDEO – Pour tenter de réguler le trafic chaotique de la capitale, deux robots ont été installés à des carrefours. Derrière cette initiative, une association locale baptisée Women Technology

0203277269552_web.jpg
Le robot, en pivitant, arrête le flux des voitures.
Publié le 29 janv. 2014 à 09:47

« Conducteurs, vous pouvez laisser le passage aux piétons ». La consigne n’émane pas d’un policier mais de la voix électrique d’un des deux robots routiers de Kinshasa, que le promoteur, une femme d’affaires ingénieur, rêve d’exporter à l’étranger. La machine haute de 2,50 m vient de replier un bras et de lever l’autre dans un jeu de lumières vertes et rouges. Son manège fait désormais partie du quotidien à Limete, quartier populaire de la capitale de la République démocratique du Congo, Kinshasa, où le robot arrête le flux des voitures sur le boulevard Lumumba, large artère chargée de la capitale congolaise.

« Ça c’est notre première génération de robot, on a commencé avec ça », explique Thérèse Inza, présidente de Women Technology, l’association qui construit ces machines, « le robot est juste là pour sécuriser » le passage des piétons afin d’éviter les accidents, fréquents dans une ville connue pour sa circulation frénétique. Le robot de Limete a été mis en service en juin 2013. Son frère plus évolué est en place depuis le mois d’octobre à un carrefour devant le Parlement, où il assure la tâche du « roulage »: les policiers chargés d’assurer la circulation dans la mégalopole kinoise, où les feux tricolores sont encore rares.

 

Placé au milieu du croisement sous le panneau solaire qui lui donne son autonomie, il pivote son buste dont le plastron passe du vert au rouge et lève ses bras comme le ferait un agent pour bloquer une voie et laisser passer les voitures sur l’autre. « Un robot qui est en train de faire la sécurité routière et la régulation routière c’est vraiment Made in Congo », assure Mme Inza. « Nous devons vendre notre intelligence dans d’autres pays, de l’Afrique centrale comme d’ailleurs, pourquoi pas, aux États-Unis, en Europe ou en Asie ? »

 

Un robot à 15.000 dollars

Au départ, Woman Technology a été fondée pour offrir des débouchés aux femmes congolaises titulaires d’un diplôme d’ingénieur, mais avec ses robots, Mme Inza rêve de créer des emplois dans tous le pays, avec le soutien de partenaires financiers. Les créatures de sa petite équipe (sept personnes, quatre hommes et trois femmes) doivent être exposées en avril dans des foires internationales au Canada et en Suisse.

Un système de détection indique au robot des piétons qui veulent traverser.

Le coût de fabrication d’un exemplaire avoisine les 15.000 dollars, explique-t-elle en faisant visiter le petit atelier aux murs défraîchis et à l’équipement sommaire où sont fabriqués les machines. Pour l’instant, c’est sa société de restauration et de loisirs, Planète J, qui assure le financement des robots, mais à terme, elle escompte que l’activité sera rentable. Rien qu’à Kinshasa, « nous avons identifié 600 carrefours dangereux ou endroits compliqués » où les robots, pourraient être installés, indique Mme Inza, ajoutant qu’il y a « un retour positif » des autorités de la capitale. L’autonomie dont jouissent les robots grâce aux panneaux solaires est un avantage réel dans une agglomération dont des zones entières ne sont pas reliées au réseau électrique.

Val Manga, président de la Commission nationale de prévention routière congolaise, est déjà conquis. « C’est un plus […] en matière de sécurité routière », dit-il. « Il faut multiplier ces robots roulage intelligents pour qu’on puisse les installer dans les différentes intersections des villes et des agglomérations urbaines de notre pays ». En aluminium et conçus pour résister aux rigueurs du climat équatorial (fortes chaleurs, humidité élevée et grosses pluies), les « robots roulage intelligents », avec leur allure anthropoïde embarquent toute une électronique poussée. Un système de détection indique au robot des piétons qui veulent traverser, et des caméras fichées dans ses yeux et ses épaulettes permettent de filmer en permanence la circulation.

« Poursuivre les gens »

« Quand le robot capte les images », il les transmet à l’aide de l’antenne dressée sur sa tête à un centre où « l’on stocke toutes les données », explique Claude Diasuka, ingénieur en vidéosurveillance qui participe au projet. Pour l’instant, les robots sont toujours la propriété de l’association et ces données ne sont pas utilisées. A terme, lorsque les robots seront remis à la police, ces informations « permettront de poursuivre les gens qui ont commis des infractions « , ajoute-t-il.

Faisant valoir les recettes que rapportent à l’État les contraventions dans les pays occidentaux, Mme Inza vante cette possibilité comme une garantie de rentabilité pour les collectivités qui voudraient investir dans les robots de Woman Technology. Kinshasa, mégalopole de plus de 10 millions d’habitants, est connue pour ses embouteillages géants et sa circulation anarchique. On y voit circuler pléthore de voitures hors d’âge et d’état, et les consignes élémentaires du Code de la route y sont allègrement bafouées, tandis que les policiers du roulage, mal payés, sont souvent accusés de rançonner les automobilistes.

Mais avec les robots, tout change et la discipline est de rigueur. « Le robot est bon. Lorsqu’il ferme la circulation, vous remarquez que tout le monde s’arrête et que les piétons traversent sans problème », se réjouit Franck Mavuzi, chauffeur de taxi-bus, « Que Dieu bénisse ceux qui l’ont inventé. Les policiers du roulage nous tracassent trop, qu’on laisse seulement les robots travailler », conclut-il.

Source AFP

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *